Article "philosophe" Dumarsais, Encyclopédie

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Article "philosophe" Dumarsais, Encyclopédie

Message  Admin le Dim 1 Juin - 20:23

DUMARSAIS, Article « Philosophe » de L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
Texte corpus BAC n°1
Introduction : Dans l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, de nombreux articles dépassent leur vocation première d’information et d’explication, de « Dictionnaire raisonné des sciences et des arts ».
C’est le cas dans cet article « Philosophe » rédigé par Dumarsais : plus qu’un portrait moral et intellectuel de l’homme des Lumières, l’auteur propose une véritable apologie de ce nouvel idéal d’ «honnête homme »
On se demandera comment l’auteur transforme un article de dictionnaire en éloge des Lumières.

I-Un portrait intellectuel et moral du philosophe des Lumières
Dumarsais, conformément à l’esprit de rationalité des Lumières, compose un article construit, logique, empreint de la rhétorique rigoureuse des philosophes.

1)Un article bien organisé, à visée argumentative
L’organisation du texte, tout d’abord, révèle la volonté de persuasion de Dumarsais. L’article est clairement divisé en portrait moral (les trois premiers paragraphes) et social du philosophe (la fin du texte). De plus, on remarque que chaque paragraphe développe l’illustration d’une qualité du philosophe : la capacité à raisonner dans toutes ses actions sans se laisser influencer par la religion dans le premier, l’évitement des passions souligné par l’image des ténèbres (2e paragraphe), enfin, la capacité à suspendre son jugement en cas de doute dans le paragraphe 3. L’énumération de ses qualités « raisonnables » et « intellectuelles » se fait à l’aide de connecteurs logiques qui soulignent la rigueur intellectuel de Dumarsais et clarifient le texte, comme « l’esprit philosophique est donc » l.22, « mais ce n’est pas » l.24, « au lieu que » l.13. Ces connecteurs logiques montrent une réflexion qui avance pas à pas.
On peut relever en outre le lexique de la Raison : « connaître ; causes ; connaissance ; causer ; être raisonnable ; la raison détermine le philosophe » (paragraphe 1).
Pour accentuer l’effet de rigueur de ce lexique, Dumarsais emploie des démonstratifs et des présentatifs « ce sont » l.12 ; « c’est » l.21 qui mettent en valeur sa démonstration.
Dumarsais est en accord avec la visée d’un dictionnaire encyclopédique : rigueur et clarté. Mais Dumarsais dérive rapidement de la définition attendue dans ce genre d’ouvrage d’un « philosophe » vers un portrait intellectuel de celui-ci.

2)Un portrait intellectuel :
Chaque paragraphe correspond en effet à la description d’une qualité du philosophe. Dans le premier paragraphe, c’est la Raison qui est exposée, avec le lexique de la rigueur cité plus haut.
Dans le second, la capacité du philosophe à réfléchir alors que les autres hommes se laissent mener par les préjugés et les habitudes. On remarque le lexique de l’obscurité « les ténèbres »l.14, « la nuit »l.14 qui désigne par métaphore la superstition et l’ignorance et qui s’oppose par antithèse au lexique de la lumière, symbolisant, lui, l’intelligence et la Raison « flambeau »l.15. Cette métaphore est emblématique des philosophes des « Lumières » que Dumarsais ne pouvait pas ne pas employer.
Le troisième paragraphe est quant à lui consacré à la modestie intellectuelle du philosophe qui « sait demeurer indéterminé » c'est-à-dire qu’il sait demeurer sceptique, position philosophique qui consiste à laisser son jugement en suspens quand on ne peut démontrer scientifiquement une idée, une vérité. Cette modestie est exprimée par le choix des mots : « il se contente ; où il peut ; il ne confond point » l.17-18. Le philosophe est mis en valeur par opposition aux autres hommes qui sont qualifiés négativement. Dans ce paragraphe par exemple, les termes « maîtresse » et « corrompe » renvoient au lexique négatif de la débauche.

3) Un portrait moral :
Après un paragraphe de transition (4e) qui ménage une gradation « il porte plus loin son attention… », Dumarsais poursuit le portrait du philosophe par l’exposé de ses qualités morales et sociables. Le lexique de la sociabilité est en effet bien présent : « commerce des autres nécessaire » ; vivre en société ; des qualités sociables » l.28-31. Celle-ci s’exerce dans le cadre de la réciprocité, de l’échange : « des autres ; du plaisir avec les autres ; convenir à ceux »l.28-34-35.
C’est un nouvel idéal « d’honnête homme », qui prolonge celui du XVIIe siècle : le philosophe est un homme de culture « qu’il connaisse, qu’il étudie »l.30. Il aime les plaisirs en société tout en étant pragmatique, c’est un homme d’action « il veut plaire et se rendre utile »l.36-37, sans être pour autant un « libertin » ou un débauché : il est tout en mesure : « jouir en sage économe »l.33.
Transition : Ainsi, on a pu voir que malgré la rigueur de construction de l’article, Dumarsais abandonne la visée première d’un dictionnaire philosophique -qui est de définir et d’illustrer la signification d’un terme- au profit d’un long éloge, voire d’une apologie du philosophe des Lumières. Il s’agit d’étudier à présent les modalités (comment se présente) cette apologie.

II-Une apologie du philosophe des Lumières
Tout, en effet dans le lexique, la construction du texte, les interventions du narrateur, concourt à faire de cette présentation du philosophe, une apologie, c'est-à-dire un discours glorifiant. Cependant, il ne s’agit peut-être pas d’un éloge naïf, mais plutôt d’une défense anticipée du philosophe contre les attaques qu’il subit en son temps. Aussi les allusions aux contemporains sont-elles nombreuses.

1)Une apologie du philosophe :
C’est par le lexique élogieux (laudatif/valorisant/positif) que l’apologie s’affirme le plus clairement : la symbolique du « flambeau » attachée au philosophe (l.15) qui connote la lumière donc l’intelligence, la Raison, la connaissance, contribue par exemple à le valoriser. De même, les adjectifs qui le qualifient sont toujours positifs : « sage économe ; honnête homme »l.33-36. On trouve également une gradation, à la limite de l’hyperbole, ligne21 : « Il fait plus, et c’est ici une grande perfection du philosophe… ».
Enfin, l’intervention du narrateur dans le dernier paragraphe par l’emploi du pronom de la première personne du pluriel « notre philosophe » indique une nuance affective, sympathique ; l’auteur semble s’inclure dans la catégorie valorisée des philosophes.

2) Un texte construit sur des oppositions :
La construction du texte participe également de l’entreprise de valorisation du philosophe. En effet, chaque paragraphe propose une opposition entre le philosophe qualifié de façon positive et « les autres hommes » (l.1-11), qualifiés négativement. C’est l’aveuglement, l’absence de réflexion qui les mènent : « sans sentir, ni connaître, sans même songer » l.1-2 : les adverbes de négation montrent bien cette connotation négative. Le lexique de l’obscurité, déjà commenté plus haut, accentue encore ce portrait négatif du reste de l’humanité.

3) Des allusions aux débats du temps :
Ce texte n’est pas qu’un éloge coupé de toute actualité. En effet, on peut déceler certaines allusions à une actualité brûlante. C’est d’abord une attaque contre la religion établie (le catholicisme tout puissant en France au XVIIIe siècle) et ses préjugés que l’article révèle, en osant une comparaison entre philosophe et chrétien, raison et grâce : « la raison est à l’égard du philosophe ce que la grâce est à l’égard du chrétien » (l.Cool. Il s’agit pur Dumarsais de mettre sur un pied d’égalité un article de foi de l’ordre du mystère sacré (la grâce) et une catégorie intellectuelle tout à fait rationnelle. Il s’agit d’affirmer que les deux peuvent coexister et qu’elles ont une valeur aussi noble l’une que l’autre…proposition évidemment scandaleuse pour l’Eglise. De même, lorsqu’il affirme que c’est une qualité que de savoir demeurer sceptique (« il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux… »), Dumarsais dénonce indirectement la façon de penser des religieux qui affirment des dogmes non démontrés scientifiquement ou rationnellement.
Enfin, les derniers paragraphes, en faisant référence à la solitude de l’homme « l’homme n’est point un monstre qui ne doive vivre…dans le fond d’une forêt », constituent en fait une attaque directe et claire au philosophe J-J Rousseau, brouillé avec ses anciens amis de l’Encyclopédie en raison de conception différente sur la nature de l’homme et sur la société : pour Rousseau en effet, la société est mauvaise pour l’homme, qui, bon et doux à l’origine, y devient méchant et corrompu.
Pour autant, il ne s’agit pas ici d’un texte de combat d’une grande virulence ; l’Encyclopédie comporte des articles beaucoup plus violents dans le ton comme dans leurs attaques.

Conclusion : On est donc en présence d’un texte original par sa forme et son contenu : Dumarsais, profite en effet du prétexte de l’article encyclopédique pour se livrer à une véritable apologie et défense du philosophe des « Lumières », nouvel idéal intellectuel et moral du siècle et dont les valeurs et méthodes doivent être promues pour que le siècle progresse. Nombreux sont les articles de l’Encyclopédie qui débordent ainsi de leur vocation initiale d’information pour devenir de véritables pamphlets ou textes de combat.

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