R et J, I sc5

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R et J, I sc5

Message  Admin le Dim 1 Juin - 20:51

ÉTUDE ANALYTIQUE ACTE I, Scène 5, ROMÉO ET JULIETTE. W.SHAKESPEARE.

Introduction
Contexte, auteur, oeuvre
Situation scène
Dans cette scène attendue de « la rencontre » fatale entre les deux amants célèbres, Shakespeare se livre à la tentation de la poésie pétrarquisante , précieuse, toute pleine de références mythologiques et de jeux de langage, en mêlant lexique de la sensualité amoureuse et lexique religieux de la sainteté. Il y a à la fois idéalisation de l’amour par ces jeux poétiques et spiritualisation de l’éros et en même temps présentation d’une scène empreinte de sensualité. Cette dualité fait toute la complexité et toute la beauté de cette scène célèbre, qui annonce la fameuse scène du balcon de l’acte II, qui jouera des mêmes ressorts.

[EX de phrase pr annoncer votre partie :
Le langage de l’amour est en effet très présent, surtout dans le début de la scène, et passe par le lexique de la foi, de la religion, de la sainteté.]

I. Le langage de l’amour
1) Un langage mystique : l’amour est comparé à la religion.
-On trouve en effet le champ lexical de la religiosité, de la dévotion, de la sainteté :
*« profane » = faire injure, offense à la croyance, à la foi d’un autre, par les paroles ou les gestes ; « main qui n’est point digne » vers 109
*v.110= « cette châsse bénie »= désigne, chez les catholiques surtout, la boîte ou le coffre ouvragé ds lequel on conserve les reliques des saints. Ici, cela désigne la main de Juliette, « contenant » qui contient l’amour de Juliette.
*« rougissants pèlerins »=désignent les lèvres rouges ; mais aussi par métaphore, la rougeur du pèlerin (celui qui fait un pèlerinage càd un voyage purificateur vers un lieu saint, ex. La Mecque, St Jacques de Compostelle, Jérusalem) due à sa timidité, son respect, ou sa honte de transgresser l’interdit.
*On retrouve le mot pèlerin qui désigne Roméo et celui de « sainte » qui désigne Juliette, à de nbx reprises : v.113 « Bon pèlerin » ; v.119 « pèlerin » ; v.115 « Les saintes/ les pèlerins », v.116 « des pèlerins » ; v.117-118 « les saintes/pèlerins » ; v.121 « ô chère sainte » ; v.125 « les saintes ».
*Le lexique du respect religieux est aussi présent : « dévotion courtoise » (V.114) ; « pieux » (qui veut dire très croyant, qui a la foi) ; « pieux » (v.116-118) ; « leur foi » (v.124).
*Celui de la pratique religieuse : « la prière » (vers 120) ; « elles prient » (123) ; « le fruit de mes prières » (v.128) ; « exauce-les », vers 123 ; « exauçant » vers 126 (exaucer= réaliser les souhaits, les prières).
*Lexique du dogme (=règle religieuse, croyance à laquelle on doit adhérer), de la transgression : « le péché » v.129,131,132,134 et « faute » v.132 et « pécheur » v.133 (péché= faute commise envers dieu ou envers son prochain, transgression des interdits prescrits par les lois religieuses).
Dc= un lexique religieux très présent. Mais aussi peu attendu là où l’on attend une scène d’amour, dc en même tps jeu précieux qui se réfère à la tradition courtoise qui use de cette métaphore religieuse. La femme est adorée, voire idolâtrée comme une divinité chaste et inatteignable, inaccessible. Peut-être est-ce la clé de compréhension du perso de Roméo, qui aime parce que l’objet d’amour est inaccessible et qui se livre ici uniquement parce que l’être aimé est encore lointain, presque intouchable.
b) Le langage poétique
Comme on l’a vu avec le langage de l’amour, Roméo se plaît à multiplier les figures de style.
*Les oxymores st nbx : « point digne » vs « bénie » ; « rude toucher » vs « tendre baiser » ; « injustice » vs « courtoise ».
*Présence d’un sonnet enchâssé ds l’échange entre Roméo et Juliette : connivence poétique entre les deux : R trouve en Juliette une complicité poétique. L’équilibre parfait entre les répliques (deux quatrains, puis trois distiques) reflète leur entente parfaite et la magie de la prédestination. Même après le sonnet, les répliques sont équilibrées ; le système d’images et de rimes (plus perceptible en anglais) construit un système clos ; seule la nourrice viendra interrompre leur dialogue ; le pressentiment de la menace et la révélation de l’identité suivra immédiatement. Ainsi le début de cette scène est-il le seul moment de la pièce où l’amour se dit de façon pure et innocente, ds la grâce d’un moment poétique et d’ignorance de l’identité de l’autre.

II. Le Langage du corps
a) Le contexte du bal
Peu décrit ds cette scène précisément ms ds début de l’acte. Le contexte festif invite à la transgression : le masque permet de se déguiser et de faire ce qu’on ne ferait pas sans masque. Au début de l’acte, l’échange comique entre serviteurs affublés de surnoms grotesques, puis les invitations de Capulet à manger et ses souvenirs de jeunesse agrémentés de grivoiseries, ses injonctions à la danse constituent un contrepoint comique et trivial au début de scène idéalisé et poétique ; alliance bizarre à laquelle le lecteur commence à être habitué à ce stade de la lecture.
*Qq allusions à l’arrière-plan festif se rappellent à la conscience du spectateur ds cette scène : peut-être le lexique du jeu employé par Roméo et Benvolio ds les vers 145-148 évoque-t-il la pratique du jeu (cartes, hasard) par les invités ( ? à vérifier avec la VO) ; Juliette évoque la danse « un de mes danseurs ; celui qui n’a pas voulu danser » et ses questions à la Nourrice sur les jeunes hommes créent un effet de foule, rappelé ds la didascalie « tous les invités sortent » ; Capulet, avec ses appels à manger « un méchant petit souper » et ses demandes de « torches » rappelle également le contexte festif et l’heure tardive. Dc= une scène d’amour, de rencontre placée d’ab. Ss le signe de la satisfaction du corps (danser, manger, s’étourdir) et de la transgression : du coup, le baiser des deux jeunes gens et leur dialogue amoureux, de même que la présence du lexique du corps, ne paraissent plus si surprenants ou « déplacés ».
b) Le contact physique
En effet, les deux amants ne se contentent pas de figures de style et de poésie, l’idéalisation n’a qu’un temps :
*Le lexique du corps et très présent : mains puis lèvres : à relever.
*Lexique doublé par un jeu des possessifs : mon/mes/tes etc, qui miment sur le plan lexical l’embrassement réel des amants et qui dessinent une sorte de duo parfait, un fusion du couple ds cette confusion des pronoms.
*On peut rappeler qu’un tel lexique et une telle situation, en France un siècle plus tard, parut ttà fait inconvenante, contraire aux règles de bienséances et explique en partie le fait que SH. Fut peu connu et peu joué en France jusqu’au XIXe s.
c) Le jeu des baisers
*Il y a tt un jeu de gracieux, enfantin et à la fois savoureux de demandes et de refus de baiser : parcours à retracer ? Ingéniosité de Roméo à obtenir le baiser..
*Les didascalies montrent bien la répétition du baiser : « Il l’embrasse » puis « Il l’embrasse de nouveau » : c’est Roméo qui semble avoir l’initiative, mais on peut remarquer que Juliette n’oppose pas une longue résistance, elle s cache derrière l’image de la statue de sainte immobile pour laisser l’initiative à Roméo « Les saintes sont immobiles même en exauçant les prières » ; plus haut elle s’était laissée prendre la main sans protestation et avait même excusé Roméo de ce geste, en invoquant la « dévotion » : « vous faites injustice à votre main/Car elle a montré dévotion courtoise ». D’ailleurs, elle s’enhardit au cours de la scène en commentant la qualité du baiser : « Vous embrassez selon les plus belles manières ». Enterrons donc l’image tte faite d’une Juliette qui serait mijorée et « romantique » (ds le sens actuel dévoyé de sentimentalité niaise) : Juliette a, dès le début, et malgré ses 14ans, malgré sa méconnaissance du monde et de la vie sociale (voir dialogue entre Capulet et Pâris au début de la pièce), un caractère affirmé, une indépendance d’esprit et de meours qui en font une héroïne « virile », beaucoup plus active que Roméo qui reste bien souvent ds le domaine de l’idéalisation et de l’inaction. Le contexte festif et donc transgressif aidant, Juliette fait en qq minutes son apprentissage de l’amour et du mensonge et de la dissimulation: elle essaie de masquer à sa Nourrice son intérêt pour Roméo en lui désignant pls jeunes hommes. Ds l’acte suivant, lors de la fameuse sc du balcon, Juliette se montrera tt aussi engageante et ferme ds son aveu d’amour et sa promesse d’amour éternel, même si elle s’en veut de ne pas savoir se « faire faire la cour » comme la plupart des femmes qui feignent et attisent l’amour par leurs refus et leurs coquetteries.

III. Une scène riche en tension dramatique
a)Une scène pleine de « rebondissements » ( ?)
Cet extrait comporte trois mouvements nettement dessinés :
La scène commence avec un duo amoureux, qui se développe ds un style élevé, recherché (figures, poésie) et dessine un accord parfait, un couple mythique et harmonieux; puis, à partir de l’intervention de la Nourrice (v.136), l’harmonie est rompue par un échange trivial avec Roméo. La révélation de l’identité de J. est comprise entre l’intervention de la Nourrice (qui parle d’argent) et celle de Capulet (qui parle de souper et de dormir). Viennent ensuite le questionnement de J. sur l’identité de R. et la révélation suivie de mélancolie.
Dc= une scène qui fait se succéder l’amour et l’enthousiasme avec l’évocation d’un couple parfait et harmonieux ; puis l’échange trivial grotesque et comique ; enfin, la désillusion cruelle avec la double révélation dramatique de l’identité et l’annonce d’une issus tragique.
b)Le rôle de la Nourrice et la présence des autres
-La N. vient interrompre l’échange équilibré et harmonieux de R et J. : elle s’annonce comme un obstacle à leur amour (d’ab. Favorable au mariage secret, elle se rangera ensuite aux côtés des parents Capulet et de la « raison » càd de l’argent et de la facilité) ; en tt cas, elle est la voix du peuple et de la médiocrité : perso obtus qui ne considère la vie que du côté « matériel » : confort, beauté, argent. Elle dc un perso anti-tragique et dc ne peut comprendre la destinée des deux amants.
-C’est par sa voix que passe la double révélation de l’identité : la réponse à R. est longue et confirme un trait de caractère essentiel du perso type du serviteur comique : elle est bavarde et s’écoute parler, s’égarant ds des détails dt on ne voit pas l’intérêt tt d’ab. (vers 138-140) ; elle se met en valeur « j’ai nourri sa fille » ; et termine par des considérations matérielles (et indiscrètes, grossières) : « il aura les écus ». L’annonce de l’identité est moins directe que pr J : le nom de la famille n’apparaît pas : « sa mère est la maîtresse de maison ». Il apparaît ds la question pleine de stupeur de R : »C’est une Capulet ? ». Pr J., la révélation est beaucoup plus brutale « c’est un Montaigu » et assortie d’un commentaire sans appel qui formule l’impossibilité de l’amour : « c’est le fils unique de votre grand ennemi » (avec la répétition du présentatif « c’est » qui insiste sur le caractère spectaculaire d la révélation –AV ac VO). Ainsi se trouve rappelée la présence de « parents » qui traditionnellement au théâtre s’opposent aux projets matrimoniaux des enfants (lexique de la famille, des liens).
c) L’annonce du tragique
-Présence insidieuse de la mort apparaît ds cette scène. Lexique de la douleur, de la haine, de la souffrance : « douloureuse ; ennemi (3fois); peur ; malheur ; tombeau ; haine ; monstrueuse, détesté ».
-Le couple que le début de la scène montre ss le signe de l’entente parfaite (échos des répliques ac métaphore filée de la dévotion-pèlerinage ; présence du sonnet, système clos par son schéma rimique, qui construit un couple, un duo fermé sur lui-même ds la contemplation de l’autre-miroir ; équilibre ds la proportion des répliques et du tps de parole ; insistance enfin sur l’embrassement qui mime la fusion) se révèle dès la première rencontre inexorablement et déjà « séparé » : en effet, à p. de l’intervention de la Nourrice, R et J ne se parlent plus l’un à l’autre ms parlent l’un après l’autre (ou en même tps), de façon séparée, et sans véritable destinataire, presque pour eux-mêmes, comme si personne désormais ne pouvait plus les comprendre, comme s’ils appartenaient déjà au monde des condamnés de la tragédie. Ceci est net ds la réplique de J. qui se parle à elle-même de façon inaudible et qui ne pd pas la peine de répéter à la N. sa phrase : « C’est un vers, qu’un de mes danseurs … ». Leur réaction à l’annonce de l’identité est identique certes, ms parallèle.
Roméo utilise la métaphore du jeu, de la dette, pour formaliser sa détresse : « Douloureuse créance/ Ma vie devient mon dû envers mon ennemi »= je dois ma naissance à l’amour (considérée comme une seconde naissance), ms cet amour-naissance, c’est à Capulet que la dois puisqu’il est l’auteur des jours de Juliette. Benvolio poursuit la métaphore : « jeu à son comble » puis R : « le surplus » (le gain ? ce qu’il a gagné au jeu ?le baiser, l’amour de Juliette : malheur car amour interdit par la loi de la haine des familles).
La prise de conscience de Juliette passe aussi par la figure de style mais elle est énoncée de façon plus concrète, plus violente et plus lucide que celle de Roméo (on vérifie à nv ici son caractère « réaliste », lucide) : l’apostrophe poétique « Ô mon unique amour né de ma seule haine » formule ac concision la fatalité tragique, le destin qui s’acharne, le hasard tellement énorme qu’il ne peut plus paraître hasard ms destin : « unique » et « seule » se répondent et soulignent cette fatalité tandis que l’antithèse « amour/haine » annonce l’issue tragique. Juliette se laisse aller au jeu des oxymores ds les trois vers suivant, (habitude jusque là manifestée par le perso de Roméo), qui clarifient la situation inéluctable par l’impossible réunion des contraires : « Inconnu/méconnu » ; « trop tôt ; trop tard » (les // de construction, le rythme binaire contribuent à renforcer cette dualité irréductible) ; « monstrueuse/naissance de l’amour » ; « aimer mon ennemi détesté ». Le choix du traducteur « doive aimer » exprime bien encore la fatalité de cet amour et l’impossibilité de se soustraire au destin. J doit aimer R, elle NE PEUT PAS faire autrement.

Conclusion : une scène « mythique » que l’on croit connaître ms qui révèle une grande richesse.
-par son caractère dramatique intense : variété des registres (comique, tragique) ; gd nb de personnages ; rebondissements nbx
-par son caractère sensuel surprenant, ds un contexte festif propice à la satisfaction du corps et de l’esprit ; alliance du spirituel poétique et de la sensualité la plus concrète (jeu des baisers) ; par la beauté de ce couple d’amants parfaits, vrai duo au début de la scène ms inexorablement séparés déjà vers la fin par la double révélation spectaculaire de l’identité.

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