le théâtre élisabéthain

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le théâtre élisabéthain

Message  Admin le Dim 1 Juin - 20:54

Le théâtre élisabéthain
Le genre théâtral en Angleterre sous le règne d’Elisabeth 1ère, ayant connu un âge d’or jamais égalé, fut qualifié d’« élisabéthain ». Il ne faut pas cependant le limiter à la durée du règne de la «Reine Vierge» (1558-1603), mais l’étendre à ses deux successeurs : James 1er (1603-1625, v. l’article Jacobean) et Charles 1er(1600-1649). Il s’agit d’une époque pendant laquelle le théâtre anglais excelle si bien qu’il verra s’établir la langue anglaise comme langue littéraire et voit s’inscrire dans la littérature mondiale un de ses plus grands noms : Shakespeare.
Nous considérons la naissance du théâtre élisabéthain à la date de 1558, c'est à dire à la montée sur le trône d’Elisabeth 1ère. Cependant il prend tout son essor lorsqu’un directeur de théâtre eut l’idée d’ouvrir des lieux de représentation accessibles à tous à condition de payer sa place. En 1576, s’ouvrirent les premiers théâtres « publics ». La prise du pouvoir par les puritains (Cromwell) qui s’opposaient catégoriquement à ce spectacle « amoral et vulgaire » entraîna sa fin.
Le théâtre élisabéthain savait s’adapter à un public venant de classes sociales variées : notamment par le mélange de vocabulaire (du mot le plus grivois au terme le plus distingué), le mélange des genres (une scène comique succédant à un moment tragique pour apaiser le spectateur,comic relief ) ; il en fallait pour tout le monde.
Alors que les Français de la même période s’évertuaient à respecter la règle aristotélicienne des trois unités, les Anglais s’amusaient à bousculer les conventions sans pour autant les rejeter. Si d’autres exerçaient la logique et l’unité, eux se servaient de la «diversité» : ils développaient des intrigues secondaires, les ellipses de temps étaient nombreuses, les lieux divers. Tandis que les cinq actes formaient un tout cohérent en France, ils constituaient une série d’actions sans forcément de relation logique.
Les personnages prirent de plus en plus de psychologie alors qu’ils étaient relégués au rang de personnages secondaires auparavant au profit de notions plus abstraites et symboliques. Les premiers «types» apparaissent ainsi à cette époque.
C’est un théâtre de divertissement plus que didactique, il fait passer des messages évidemment mais le dessein principal est de plaire à un public éclectique. Ce théâtre se caractérisait aussi par un appel à l’imagination : la scène était vide, nue de tout décor, permettant de laisser libre cours à l’imagination : le décor n’était constitué que par les images que les mots faisaient naître (un bras représentait un mûr séparant deux amants, par exemple, ou une pancarte situait l’action, etc.).
Citons quelques dramaturges qui ont marqué l’époque de leurs noms et de leurs œuvres : Luly (1554-1606), George Peele (1557-1596), Robert Greene (1558-1592), Thomas Kyd (1558-1594), Christopher Marlowe (1564-1593), Shakespeare (1564-1616), Ben Jonson (1572-1637), John Marston (1575-1634). Shakespeare resta le plus connu (on ne cesse, encore de nos jours, de jouer ou réadapter ses pièces tant son génie et son verbe sont inégalables) et le plus représentatif de cette période. Son œuvre peut être divisée en trois parties correspondant plus ou moins aux périodes de sa vie : jusque vers 1600, une première période heureuse où il écrit la plupart de ses comédies historiques et lyriques (Romeo and Juliet ; A Midsummer Night’s Dream ; Henry V), la deuxième jusque vers 1607 plutôt sombre et tragique qui se manifeste à travers ses tragédies les plus noires ( Hamlet ; Othello ; King Lear ; Macbeth) et la dernière de paix, sorte de « calme étoilé de sa vie » ( Henry VIII).
Les dates de début et de fin du théâtre élisabéthain étant religieuses et politiques, nous comprenons qu’il puisse être traversé par le thème du pouvoir, par la question de la présence ou de l’absence de Dieu, par des questions éthiques d’ordre et de désordre, de paix et de violence, etc.
La littérature était ainsi largement le reflet de la vision du monde et d’eux-mêmes par les Élisabéthains. Ceux-ci croyaient au géocentrisme malgré la connaissance du système de Copernic ; l’Univers (macrocosme) s’organisait selon un ordre hiérarchisé et harmonieux : en haut du monde est Dieu, en haut du ciel se trouve le soleil, en haut du royaume se situe roi et reine, en haut de la famille se place le père et en haut du corps est la tête. Ou encore : en bas est le niveau de l’inanimé (les minéraux), au milieu celui de l’animé (les végétaux et les animaux) et en haut la strate de l’humain et du divin. Ces visions étaient généralement héritées des Grecs (Aristote, Platon) et leur avaient été transmises par le Moyen-Âge. «Mystères» et «Moralités» se marginalisaient alors que se développait «l’interlude » qui souligne la visée ludique.
C’est donc un théâtre proche d’un public qui y reconnaissait ses angoisses et questionnements tout en se divertissant. « Aller voir des pièces » se répandit si bien que les spectateurs s’amassaient dans les lieux de représentation malgré les critiques des religieux ou autres qui déclaraient ces spectacles malsains. Rappelons que le théâtre était déclamé dans les rues (caractère populaire du genre) ou dans les châteaux à la demande de personnages importants. Et l’on aménageait les auberges le temps d’un spectacle.
Les hostilités se développèrent et atteignirent leur paroxysme en 1574 lorsqu’un arrêté du Conseil Municipal proclama la fermeture et l’interdiction de représentations en dénonçant « le désordre et les inconvénients qu’avaient déjà suscité les spectacles dans le passé, les discours inconvenants et séditieux ».
En réaction à cela, un directeur de théâtre, refusant de voir disparaître un art en pleine gloire, fit construire un théâtre hors de la ville sur le modèle des auberges, c’est à dire une construction en rond et en bois (« wooden O »). L’acteur joue à la fois sur la galerie (représentant un rempart, une tour, un balcon, par exemple dans la célèbre scène du balcon de Romeo and Juliet), au pied de la galerie, sur le proscenium qui était une scène avancée grâce auquel l’acteur pouvait établir un lien de complicité avec le spectateur du fait de la proximité et faire adhérer celui-ci qui peut se croire presque sur scène. L’accès était ouvert à tous s’il payait leur place : les plus riches étaient privilégiés car ils pouvaient s’offrir les places les plus confortables, à l’abri et situées légèrement en hauteur ; le plus pauvres se trouvaient dans le parterre (la fosse dirait-on de nos jours) exposés aux intempéries.
James Burbage ouvrit ainsi son «Theatre» (1576), plus tard se construisit «The Curtains». Le rival de Burbage, Philip Henslowe trouva lui aussi un espace de liberté pour monter son théâtre nommé «The Rose». Les descendants de Burbage firent détruire les vieux édifices pour faire construire le fameux «Globe» vers 1598-1599. A la fin du XVIe siècle, huit théâtres «publics» jouaient tous les jours (sauf le dimanche) à Londres et présentaient des pièces variées.
Les acteurs souvent isolés auparavant, se réunissaient en troupes ; certains restaient itinérants, d’autres formaient des compagnies dirigées par les directeurs de théâtre. Mentionnons la Compagnie dirigée par Henslowe dont les acteurs portaient le titre de « Serviteurs du Lord Amiral» (Lord Howard, Duc de Nottingham) et la Compagnie menée par Burbage, « Serviteurs de Lord Chambellan» (Lord Hudson) que Shakespeare rejoignit.
Les acteurs ambulants gagnaient donc en considération et en renommée à être sous la protection d’un roi ou d’un grand seigneur. Ces théâtre subissaient quelques fermetures annuelles (surtout l’hiver) quand les risques de contamination étaient trop importants. Ces lieux à cause de la grande concentration de personnes devenaient des foyers de prolifération. Par exemple, ce qui peut nous faire sourire aujourd’hui, le problème des puces qui transmettaient de nombreuses maladies.
Les acteurs avaient une lourde tâche : celle de s’entraîner à apprendre leur texte mais aussi à s’exercer physiquement : il s’agissait de ne pas décevoir le public car si les spectateurs étaient friands de calembours ils n’en étaient pas moins exigeants. Les femmes n’avaient pas le droit de monter sur scène, c’est pour cela que leur rôle était joué de préférence par de jeunes garçons encore imberbes pour plus de vraisemblance.

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